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mercredi

La coupure

Je ne cherche
Ni à surmonter ma mutité
Ni à résister à mon apophtegme
Chair surpiquée
Par tant de supplices forcés
Silence inquiétant
Celui qui ne rêve plus

Je ne cherche
Ni à franchir le portail internet
Ni à pétrir l’écume de ses protocoles
Du bout de la langue
De mes mains fatiguées
Assuétude enivrante
Celle qui ne s'évade plus

 Laissez-moi en plusieurs morceaux
Loin du chaos global
Dénudé de tout réseau câblé
 Laissez-moi sur le vide d’une feuille blanche
Rassembler mes mots
Ressentir leurs ondulations sous mes pieds
Rejoindre le chemin de l’oisiveté
Celui d’une l’île ensoleillée

Et je reviendrai parmi les humains 
Parmi ceux qui contemplent la beauté du monde
Combattent la folie 
Et les larmes du désespoir




lundi

Au-delà du sens

Je ne bois
Ni d'eau de rose
Ni d'eau bénite
Juste de l’eau de vie

Après une nuit arrosée
Sans étoiles ni bergers
Au milieu d’un banc de poison lune
À la barbe noire
Regard gonflé de côte-rôtie
Comme les voiles
D'une coquille de noix 
Échouée sur les griffes du Tigre
Je pars en prière
Avec le zombi vaniteux du désert
Du haut de son tapis violent
Il chante l'amour du sang
Un poil vierge entre les dents
Les mains sales
Et s'abreuve d’alcool néolithique

Ce passeur vertueux 
Debout sur son char Japonais
Comme Ben-Hur dans l'arène
La djellaba brodé de dents en or
Toujours l'œil huileux et chahuté
Me crie la corde raide et habitée
Cette paire de cloches
Rêverait d'une lapidation sculpturale
À la manière de Subodh Gupta
Roi contemporain du métal hurlant
Avant de finir d'appât sur une galère

Le chien aboie 
C'est le facteur qui passe
Je prends une petite cuillère en argent
Abandonnée dans un buffet
Depuis longtemps
Et la dépose dans le réfrigérateur
Quelques minutes
Enfin loin de ma torpeur
Refroidie je la sors
Et maintiens l'arrondie
Contre mes yeux pochés avec parcimonie
Soudain
Hier aujourd’hui demain
Se mélangent se tissent
Mes idées noires s’éclaircissent
À l’aube d’un cyprès
Et mes pores jouissent
Sans crier gare

Ce n'est pas un sketch qui fait rire
Ou qui enterrera la queue d'un croque mort
Me crie une bande de cigale skinhead
Rêve-t-elle d’un chanteur noir
Ou d'un nouveau cauchemar

Je ne bois
Ni d'eau de rose
Ni d'eau bénite
Juste de l’eau de vie





dimanche

Arbre de vie

Son élan est une émotion tout en mouvement
Le mien n'était pas né 
Nous étions au milieu des années quatre vingt dix

Je rêvais secrètement 
D'écrire toutes ses pages 
D'ivresses et de désespoirs
Sur le dos des temps heureux
Où la douleur n'est que passagère
Et la jeunesse flamboyante

Quelque part sur les cimes
Au service exclusif de la toile de lin 
Ce désir couvait dans le même nid
Entre ombre et lumière 
Cette proximité a favorisé nos relations
Nous étions devenus inséparables

De cette branche adjacente
Nous étions à l'étroit
Les jours si beaux et si jeunes 
Pour penser à l'agonie
Où toutes les feuilles regardaient à la fois 
La terre et le ciel

Il y avait toujours de la place 
Dans un coin de son écorce
Pour les nuits 
Où le ciel chercherait de l'amitié
Sur une aile encore chaude
Pour les jours de pluie

Nous ne comptions 
Ni le temps ni les heures
Nous écoutions Enigma Céline Dion
Le cœur en peine d'une fin d'été 
Nous contemplions la montagne
Les couleurs d'automne les premiers flocons

Je me réinstallais dans une vie sédentaire
Pour tomber enfin 
Sur ce recueil vert et mûr 
Au moment où le lac gèle
À partir de ses berges 
Et le poète à partir de son cœur

Tendresse souvenir et courant d'air
Il ne m'en fallait pas plus
Pour m'apercevoir que ce petit nid
D'un éclat si sombre et si fraternel
Était pour moi le point d'encrage
Un guide un compagnon de vie

Non je ne t'aime pas 
Aimer ne veut rien dire
Un mot si petit si étriqué
Je l'emploie pour manger ou dormir
Pour la colline d'en face
Moi je ne dis rien

Ma vie est appariée à la tienne
Comme ta peau contre la mienne
Ma poésie sur tes lèvres
Oui l'amour est fidèle 
Mais il se méfie
J'écris à voix basse le mystère

Alors dis-moi quelle horreur
Rendrait ces années si douces
Et intenses à la fois
Et à quelle canicule 
Ou à quel orage 
Devrais-je accorder mon ciel bleu

Car désormais je sais accepter
Tout de mon univers
Et j'ai l'intime conviction que quelqu'un
Ou quelque chose 
Encore d'inconnue 
Préservera ma mémoire




Moniale

Le mot long est plus court 
Que le mot court
Même à la campagne

Et plus loin encore
Vivre la solitude dans une communauté
Une vie pour Dieu seul
Deux âmes le cherchent
Et veulent être trouvées par lui
Une vie simple et rythmée
Comme une poésie
Du recueillement à la rédaction

Et j'écoute
Une énième liturgie des heures
Et aperçois deux moniales
Au bout du corridor
Entièrement de noir vêtu
Penchées à une fenêtre
Le jour se lève
Derrière les feuilles du grand hêtre

À grandes enjambées
Après un ultime chant
Un coq poursuit une poule
Elle traverse la route
Une bétaillère l'écrase

Mon Dieu
Dit l'une des moniales
Elle a préféré mourir




vendredi

Hédonia

J'ai réfléchi durant de forêt en alpage
À travers champignons et nuages
Il s'agit de ne pas oublier
De redescendre sur terre
Concrétiser son château d'amour et de pierre
Voilà l'objectif de l'homme incarné
 L’évitement du déplaisir

L'insignifiance est enviable
Et semble tendre
Quand la douleur enterre toute éloquence
Et mon âme se métamorphose
En gratte ciel stratosphérique
Ma chambre est ombre chinoise
Suis-je le seul à la voir
Suis-je le seul à la toucher
Je suis le fil coton tressé rouge et noir
De la lampe de chevet
À l'abat-jour feuille d'été
Et tombe nez à nez avec un souvenir
Un souvenir inoubliable
Où l'amour ingérait mon sang
Et tout ce qui se présentait
Sous un délinéament réel

Le cyclopéen est invariable
Et semble brillant
Quand le plaisir déterre l'insouciance
Et mon corps se métamorphose
En charpente musicale
Mon lit est rouge à lèvre
Suis-je le seul à l'embrasser
Suis-je le seul à l'habiter
Tu as visité chaque matin mon réveil
Et une partie bien souvent oubliée
Mon être paraissait s'évaporer
D'une cicatrice hantée à l'idée
Sur ce que je ressentais
Comme le verso de mon ardeur
Une vie heureuse bien remplie
Vaut tous les narcotiques



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