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jeudi

L'intruse

Mes pérégrinations se font discrètes
Elles révèlent des îles
Peuplées ou vierges
Et le pourquoi des énigmes
Tout s'évanouie
Au lever du soleil
Et se ranime au coucher

L'eau trouble m’est cruelle
Je dois changer sa dérive
Dans mes filets d’écriture
Et la mienne
Dans mes lignes de fuite

Qu'est-ce que je lui écris
Quand j’écris quelques vers
À chaque poème
Je me retrouve né à né
Comme solitaire
J’ai oublié celui d’hier
Tout finit
Rien ne finit
Il n’y a aucune raison

L’enjeu
Est-ce de dire la réalité
Ou de composer des effets de réalité


 

mardi

Fin de compte d'un hipster

Un fait divers encore tendre s’approche
À hauteur d’homme
Je n’y comprends rien
Mais je suis sur le bon chemin
Me dit le chèche autour de mon coup voyageur
Sous cette peau contemporaine
Je cultive mon imaginaire
Du cérébral de l'autre
Viennent mes mots
Les arcanes de sa biochimie
Prescripteur d’amour
Par ma main-d’œuvre
Je finirai par m'épuiser un jour          
Derrière une barbe no life
Sous une éclipse totale de lune

Ah l'art d’aimer
Un œil averti avant les autres
Je sais qu’il faut le fermer
Pour apprendre à sculpter la pierre
Écouter les voix qui somnolent
Toujours ardent à cette heure
Où tout circule et tout réside
Ma voie est d’écrire
D’écrire en pourfendant
Des vers
Des vers sur le malheur qui s’accroît
D’écrire en rêvant
Des vers
Des vers sur toi mon amour
Encore et encore

 

lundi

Est-ce trop beau pour être vrai

Au fin fond d'une vallée alpine 
À l’ombre 
De pentes noires et vertigineuses
L’ouvrier battant l’alliage
Se morfond et suffoque
Face aux hauts fourneaux qui ne s'arrêtent jamais
Face aux bruits qui résonnent et abasourdissent
Là où le bleu est dans ses mains
Le blanc sous son masque
Et le rouge dans ses yeux

De ce petit cœur
Brûlé par la fumée de silice
Où le temps use plus vite qu’une horloge
Où son horizon est un désert de poussières
Un fil de neige gris s’étire vers le ciel
La crémation est célébrée
Là-haut dans le silence
D’une nature qui encore croit et résiste

Est-il l’heure sous l’étoile des neiges
D’arrimer son pèlerinage
Aux ailes libres du chocard des sommets
Où naissent les délectations
De l’audace et de l’action
Tout à la fois magnifique
Flottant sur ce flux
Adonisé de fleurs aériennes
Innocentes et délicates
L’ouvrier aperçoit une inconnue
Plus belle que toutes les autres
Dernière fleur d’automne
D’une euphorie adorée

Et si l’usine l’a noirci
Aussi noires que les plumes de son sauveur
En pleine ascension
La lune fidèle à la vie l’éclaire
Comme un pinceau d’une lumière d’équateur
La mer de nuages retire ses armes
Et une bise légère purge sa grisaille
Et sèche ses larmes

De ce souffle nouveau
De neige et d’air
S'enseveliront ses rancœurs
Et l’ancien monde

Désormais en équilibre
L'ouvrier songe à l’amour
À la liberté des chairs
Où ni hommes ni folies
L’asserviront à leurs volontés


jeudi

Paranoïa

S’écoule rougeâtre
L'enfer d'un hiver
Comme les méandres 
De ses obsessions inhumaines
Le sang bleu de ses quelques poupons

Mère magicienne
Compulsive et paranoïaque
Folle mortifère des mots lissent
Reconstruisez-leur votre absence
Car dans les lumières de la nuit
Ils ne peuvent plus briller

À l'aube de l'éclosion
Tombe la neige 
Blanche est sa chevelure
Comme ses mains assassines
Le temps a laissé ses traces
Effacé les cœurs

De l'indigestion disparue
Des nouvelles vies
Réapparaîtrons 
Là-haut dans l'immaculé 



mardi

Et va naissance

En pleine nuit
Un S.M.S un message
Sans nom ni visage
Juste un souvenir qui déverse des fleurs bleues
Dans l’océan du vide
D’un noir désir
Atteint l’île suspendue
Où de ses eaux
Salées et douces
S'est éclipsé
Le poète enlumineur
S’accrochant à l’ellipse
D'une vague rouge
Scellée aux chiendents
De sa poésie

Un esprit d’alliance
En messe basse
Vogue sur la transparence
D'un ciel nuageux
Digne d’un Turner

J’ai souvent prié
Pour le retrouver

Et jaillit de mon smartphone
L’inconnue bleutée
Couchée sur un imprimé
Noir nacré
L’orage s’élève
De ses cheveux de démone
Et respire mon parfum
Comme les embruns
Dévorant la peau des récifs
Où ombre et dépouillement
Attirance et éloignement
Folâtrent dans la lumière
Jaune et piquante d’une guêpière

Et s’évanouit l’œuvre
Dans l’œil de la pieuvre
Révélatrice
D'un énième caprice


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